DECLARATION DE L’ARAC pour le 19 mars 2021

19 Mars 2021

le devoir d’histoire, le travail de mémoire pour la vérité, toujours d’actualité

Ce 19 mars 2021, il y aura 59 ans, que les représentants du gouvernement français et ceux du gouvernement provisoire de la République algérienne signaient l’accord de cessez-le-feu de la guerre d’Algérie. C’était le 19 mars 1962.

Cette date, reconnue désormais depuis 2012 comme « Journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc » rappelle désormais, chaque année, la volonté du peuple français ratifiant, le 8 avril 1962, par référendum à 91 % des voix, les Accords d’Evian et le cessez-le-feu.

L’Algérie accédait enfin à l’indépendance après une guerre longue de huit ans. Elle devenait la République algérienne libre et souveraine. Elle conquérait ce droit inaliénable, ce droit du peuple algérien de pouvoir disposer de lui-même.

Aujourd’hui, le 19 mars est le bien imprescriptible de l’ensemble des Françaises et Français, jeunes et anciens, quelle que soit leur origine.

Mais à la mémoire doit s’ajouter la volonté de combattre plus que jamais, ceux qui par leurs tentatives d’effacement de l’Histoire entretiennent les séquelles qui empoisonnent encore notre présent (racisme, haine, violence, xénophobie, réhabilitation des criminels de l’ex-OAS, etc.)

L’amitié entre les peuples de France et d’Algérie « pour vivre, pour se développer », doit s’appuyer sur le socle de la vérité. Cette vérité, nous la devons à tous ceux qui par leur histoire douloureuse, blessés, veulent ouvrir une nouvelle page… La vérité n’abîme pas, elle répare, la vérité ne divise pas, elle rassemble. Le devoir d’histoire, même quand c’est tragique, même quand il est douloureux pour nos deux pays, doit être accompli. C’est œuvrer pour l’avenir ».

L’ARAC regrette que Monsieur Benjamin Stora n’ait pas auditionné toutes les associations pour son rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Notre association, engagée pour la paix et l’indépendance de l’Algérie dès 1956, avait des choses à dire en lien avec le travail de mémoire.

L’ARAC estime que 59 ans après, chaque peuple doit assumer son passé. Un traité d’amitié et de paix, doit venir régulariser les rapports de coopération entre nos deux pays. L’ARAC pense que cet acte servirait de socle à une nouvelle politique de solidarité et de développement entre la France et l’Algérie ainsi que les peuples du Maghreb. Politiques de respect des souverainetés, d’essor économique et culturel, seule capable de combattre la misère et son terreau, racines des terrorismes et des violences qui ensanglantent le monde.

La mémoire de toutes les victimes (d’avant 19 mars et après) s’inspire fortement de notre engagement à l’ARAC, contre la guerre, pour la Paix, pour l’amitié et la solidarité entre tous les peuples, seul moyen de construire l’avenir auquel aspirent toutes les femmes et tous les hommes conscients de leur fraternité.

Villejuif, le 18 février 2021

NOEL DANS LES TRANCHEES

La fraternisation de Noël 1914 – Jean-Claude SALOMON, Membre du Bureau National de l’ARAC

La guerre n’est pas une loi de la nature, la guerre ne tombe pas du ciel. Cette guerre fut un processus d’accélération de l’histoire entre les possibilités inespérées, ouvertes par le progrès scientifique et en parallèle le rythme industriel auquel s’accrurent l’exploitation, la misère, les inégalités. L’impérialisme avait besoin de se partager le monde.

Jaurès est assassiné le 31 juillet 1914, le 1er août la France lance un appel à la mobilisation, elle entre en guerre le 3 août. Noël 1914 la guerre est commencée depuis 144 jours déjà sur l’ensemble des fronts on compte 300.000 morts. Les hommes sont-ils partis  »la fleur au fusil ? » 142 soldats français qui ont pressenti, découvert les identités des responsables de cette boucherie, « les galonnés d’or et les brasseurs d’affaires » dénoncés par Henri Barbusse dans son livre le Feu prix Goncourt 1916 sont fusillés pour l’exemple.

Après les premières semaines, quand les Allemands sont stoppés aux portes de Paris, les soldats se retrouvent bloqués, confinés dans les tranchées dans le froid, sous la pluie et des « orages d’acier ». C’est une guerre de position.

Mais dans les tranchées, de chaque côté, ce ne sont pas des soldats ce sont des hommes, ce ne sont pas des guerriers faits pour la boucherie humaine – bouchers ou bétail -. Ce sont des laboureurs, des ouvriers qu’on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés qui se rendent compte qu’ils ont les mêmes conditions de vie difficile. Parfois séparés de quelques dizaines de mètres ils les entendent dans l’autre tranchées parler, rire, pleurer ils les voient fumer, creuser leurs tranchées et enlever l’eau des boyaux inondés. C’est dans ces conditions que le 24 décembre des soldats allemands placent sur le parapet des tranchées des sapins, des lanternes de papier. De chaque côté des chants de Noël montent, Français et Allemands quittent les armes, échangent des adresses, des cigarettes, des bouteilles de vin, des provisions.

Au fil des mois, des années il y aura un accroissement substantiel des cas de fraternisation. Les officiers, les généraux ceux qui pour leur intérêt ont organisé ce massacre ont vite compris que la fraternité des Hommes passait par la fraternité entre Hommes. Ces fraternisations seront considérées comme des actes « d’intelligence avec l’ennemi » et seront punies par des sanctions corvées prison, allant jusqu’à la peine de mort, l’objectif étant de maintenir les troupes en parfait état d’obéissance : bilan 2500 condamnations 741 Fusillés pour l’exemple.

L’ARAC est née de cette guerre, dès le 1er jour ses créateurs Barbusse, Vaillant-Couturier, Lefebvre et l’ouvrier métallurgiste Bruyère ont fixé les buts de l’association la défense des valeurs républicaines, le combat antifasciste, la lutte pour la paix, la justice sociale, la défense des droits, tous les droits parfois chèrement conquis. En cette période où ils sont attaqués, elle lutte pour les droits du travail, la Sécurité Sociale, la retraite

FRATERNITÉ où es-tu ? Aujourd’hui au regard de la situation internationale, du nouveau partage du monde en cours, l’ARAC qui a pris la dimension humaine des conflits, des guerres, qui obligent des millions d’êtres humains à quitter leur pays, les plongent dans la misère qui est le terreau du fascisme l’ARAC en plus de son engagement politique mène la lutte contre le fascisme et pour la défense de tous les droits républicains. Sur le plan international, elle mène le combat de la souveraineté des Nations et des peuples ce qui implique et impose la lutte contre toute forme de colonialisme qu’il soit économique, politique ou monétaire.

Nous sommes et nous serons toujours aux cotés des citoyens et des peuples engagés dans la défense de leur liberté, de leur indépendance et de leur souveraineté.

Cet engagement est décisif.

Nous sommes persuadés qu’un autre monde est possible et plus que jamais nécessaire

HOMMAGE A DANIEL CORDIER

Daniel Cordier, avant-dernier Compagnon de la Libération, Secrétaire perpétuel de Jean Moulin, n’est plus.

C’est avec respect et émotion profonde que je m’incline avec l’ARAC, devant la mémoire de celui qui fut un résistant et qui décida de rejoindre Londres à la toute première heure, un patriote, toujours vigilant pour le rétablissement et la défense permanente des valeurs républicaines que Jean Moulin, lui fit découvrir dans le combat commun contre le nazisme.

Il se qualifiait lui-même, d’être « un acteur dans  la Résistance des chefs ».

Il fut l’un des témoins privilégiés de la naissance du CNR, de la préparation de son programme et de son installation complexe.

Il a défendu tout au long de sa vie, l’intégrité et la dignité de Jean Moulin, face aux calomnies, rumeurs, menées négationnistes d’origines diverses, avec  toujours, comme seul souci permanent: le devoir de la vérité historique.

En ces temps où des menaces planent sur la démocratie, il est bon de rappeler ce que disait Daniel Cordier en 2013 dans l’humanité : « la leçon c’est que seule la liberté compte dans la vie. Et pour la liberté, il faut risquer la mort si on menace de vous en priver ».

Avec l’ARAC, je salue  sa volonté inébranlable de « transmettre » aux jeunes générations les valeurs républicaines par le travail de mémoire. Nous poursuivons son combat pour la souveraineté nationale.

Honneur à vous, Daniel Cordier !

Raphael Vahé

Président National de l’ARAC

25/11/2020

TOURS 1920 ET 11 NOVEMBRE 1918

Henri Barbusse L’écrivain, le visionnaire, le poilu : le soldat de la paix

TOURS 1920 ET 11 NOVEMBRE 1918

Il y a un lien profond entre le combat pour la paix, la fin de la guerre le 11 novembre 1918, et la création du Parti Communiste Français.

A l’instar de Jean Jaurès, créateur de l’Humanité, artisan de la paix et du refus de la guerre qu’il voyait venir, assassin le 31 juillet 1914, de nombreux militants syndicalistes, pacifistes, républicains se sont engagés dans le combat contre la guerre.

En France, en Angleterre, en Allemagne, en Russie en autres, les mouvements politiques, socialistes se sont opposés à la guerre, jusqu’à la trahison des dirigeants politiques de l’époque, notamment en France.

Cette guerre qui dura 4 ans, qui fit en France 1.350.000 soldats morts, 3 millions de blessés et d’invalides, des centaines de milliers de veuves et d’orphelins à profondément marquée les esprits.

Dès 1914, dans les tranchées en France, mais aussi en Allemagne, grande est la colère et l’aspiration à la paix.

Des mutineries ont lieu chez tous les belligérants, en France des procès se tiennent : 2.500 soldats attachés à la paix sont condamnés à mort et environ 650 seront fusillés pour l’exemple.

Henri Barbusse – un des membres fondateur de l’ARAC créée en novembre 1917 – déclara en juillet 1917 :

«J’adresse un appel ardent à tous ceux des anciens combattants de cette guerre qui croient à la République et qui la veulent. Je veux vous entretenir aujourd’hui d’un grand intérêt général qui dépasse celui de chacun de vous, mais qui repose sur vous tous : soldats de la guerre, continuez à être les soldats de la pensée, il le faut. Vous ne devez pas renoncer encore à vous battre. La démocratie a besoin de vous. Elle vous appelle à son secours, vous qui serez un jour le nombre et la force, et qui êtes l’énergie, l’audace et la lucidité. Les principes républicains sont, de tous côtés, ou trop attaqués, ou trop mal défendus. Il faut veiller sur la République. C’est à vous entre tous et avant tout qu’incombe ce devoir, survivants de la guerre des hommes contre les oppresseurs ! Nous appelons République la société constituée sur les bases de la réelle souveraineté du peuple, une société qui ne soit pas, ouvertement ou obscurément, conduite par une oligarchie de privilégiés et de parasites, mais illuminée dans tous ses coins par le clair intérêt général. Nous disons que non seulement le but que nous poursuivons à l’intérieur et à l’extérieur n’est pas une utopie. Quoi qu’il en soit, c’est par ces voies que la grande France de 1789 s’agrandira et durera…. »

Comme on le voit, l’esprit de Jaurès, c’est l’esprit de révolte qui gronde dans les tranchées et invite à se mobiliser pour de plus grandes transformations sociales et politiques.

En 1917, la Révolution Russe, elle qui revendique «le pain, la paix, la dignité », est victorieuse.

Dès janvier 1918, la révolte et des insurrections se déroulent dans les usines en Allemagne.

L’impérialisme européen décide d’arrêter la guerre le 11 novembre 1918, renvoyant et réarmant dès le lendemain 100.000 soldats allemands pour réprimer la révolte des ouvriers, assassinant dans le même temps Rosa Luxemburg, et Karl Liebknecht, décapitant ainsi la ligue spartakiste assassinant des centaines de militants communistes.

Les survivants de ce meurtre collectif que fut la guerre de 14-18 n’avaient, en France, que deux idées en tête :

  • 1) l’instauration de la paix
  • 2) Eloigner de la vie politique, les hommes qui avaient conduit notre pays à la guerre et à son état social qui suivi.

C’est profondément marqués par cette guerre que se réunirent les délégués au Congrès National du Parti Socialiste à Tours, en décembre 1920.

Remplis de haine pour la guerre, pleins d’espoir après la Révolution Russe de 1917, assoiffés de justice, de liberté, de fraternité, des valeurs républicaines, les délégués majoritairement d’anciens soldats se sont engagés.

Il faut noter que ces hommes, Paul Vaillant-Couturier, Georges Bruyère, Jean Duclos, Jacques Duclos, Jean Catelas, Romain Rolland et tant d’autres dirigeants et militants de l’ARAC ont fait le choix de créer le Parti Communiste Français.

Ce choix des délégués c’est l’expression de la volonté de ces militants de s’engager dans une voie nouvelle répondant aux aspirations de paix, de respect des peuples, de justice sociale.

Dès sa création le Parti Communiste Français, ses militants ont du affronter la montée du fascisme, le dur débat d’idées, la colère et la violence des forces impérialistes contre lui.

C’est pour tout cela qu’il y a un lien entre la fin de la guerre de 14-18, la création du Parti Communiste Français et son attachement aux valeurs républicaines et à la souveraineté nationale.

J’en veux pour preuve que l’une des premières grandes manifestations contre l’occupant, en France, fut celle des étudiants, à l’initiative des étudiants communistes, le 11 novembre 1940, dans Paris occupé.

L’histoire du mouvement ouvrier, de la défense de la conception républicaine de la France sont profondément liés à la place et au rôle du Parti Communiste Français. C’est bien de se le rappeler au moment du Centenaire du Congrès de Tours.

Patrick STAAT

Secrétaire Général de l’ARAC